Chine: face à une urbanisation démesurée

Résultant de la politique d’ouverture économique de Deng Xiaoping, l’explosion de la démographie urbaine chinoise révèle des statistiques très troublantes. En seulement 38 ans, la population urbaine du pays est passée de 189 millions à plus de 800 millions, une valeur qui a plus de quadruplé. Selon une étude menée par Ding Lu, plus de 221 villes dépassant le cap du million d’habitants sont à prévoir. Il est alors évident que, même si l’urbanisation chinoise représente un incroyable exemple de changements et de progrès économiques, elle affiche avant tout une turbulence nationale, et à un certain niveau, mondiale. La croissance disproportionnée des villes chinoises a engendré le développement de problèmes sociaux importants, tels qu’un taux néfaste de pollution environnementale, une détérioration de la santé des citoyens, et une crise du logement. Dans la dernière décennie et dans le futur proche, le gouvernement chinois a pris de nombreuses mesures pour diminuer l’impact de ces problèmes. Alors que la Chine dévoile son plan d’action, celui-ci semble être comblé de failles, et reste relativement inefficace pour trouver une réponse convenable et urgente aux problèmes de l’urbanisation.

Depuis plusieurs années, la Chine a été critiquée de façon véhémente pour sa considérable contribution au réchauffement climatique. En effet, à travers son développement économique et la hausse du pouvoir d’achat de ses résidents urbains, la demande énergétique de toutes les nouvelles métropoles a considérablement augmenté la consommation de charbon. Même si le charbon est une solution immédiate, il demeure une source d’énergie extrêmement polluante. Les villes chinoises, et plus particulièrement Pékin, établissent constamment des nouveaux records de pics de pollution. Étant au creux d’une cuvette géologique, la pollution est maintenue dans Pékin et prend du temps à s’évacuer. L’émission de gaz à effet de serre ne cesse d’augmenter, atteignant 4% de croissance en 2018 malgré des baisses dans le passé.

Hormis l’impact de la pollution urbaine sur le réchauffement climatique, la Chine est aussi soucieuse de la santé de ses citoyens face à ces taux d’émissions sans précédents. Un terme a d’ailleurs été inventé à l’issue du danger de la pollution en Chine : le ‘choking smog’, ou le brouillard étouffant. Plus particulièrement pendant les hivers de la Chine continentale, l’utilisation intense du chauffage entraîne une augmentation importante de la consommation d’énergie (provenant du charbon). De plus, la population urbaine privilégie les véhicules individuels lors de ces grands froids. Ces deux éléments combinés représentent un grave danger pour la santé des populations urbaines, qui développent de nombreuses pneumonies et des cancers des poumons. En conséquences, le Ministère de l’écologie et de l’environnement publie annuellement des instructions aux métropoles pour réduire les taux de pollution, concentrant ses efforts sur la réduction d’émission de dioxyde de soufre. Malgré cela, des records de pollution persistent et la population urbaine est asphyxiée par sa propre consommation.

Une femme portant un masque et un purificateur d’air dans les rues de Pékin: une image récurrente dans les villes chinoises.

L’explosion urbaine participe également au développement d’une crise du logement dûe à la surpopulation des métropoles régionales. Ainsi, le gouvernement chinois participe à l’élaboration de plans urbains, et plus particulièrement à des projets de construction de villes nouvelles, permettant d’éviter le surpeuplement des métropoles. Cependant, la majorité de ces villes émergentes sont à l’image de villes ‘fantômes’. Malgré l’infrastructure urbaine, la présence de commerces, et la certification de logements de qualité minimum (plusieurs chambres, eau courante, électricité etc.), très peu de personnes y migrent car ces villes offrent peu d’opportunités économiques. La construction de Tiandu Cheng en 2015, une version miniature de Paris, illustre ces problèmes des villes ‘fantômes’. En effet, cette agglomération, bordée par des immeubles inhabités, est une copie parfaite de Paris; elle possède sa propre Tour Eiffel de 108 mètres en hauteur, des Champs Elysées, et des jardins de Versailles. Alors que la construction de la ville était destinée à alléger la population de Hangzhou, une mégapole de 12 millions d’habitants, et pensait attirer les résidents de cette dernière car étant une copie de Paris, seulement 20% de ses logements sont habités. Ces nouvelles villes chinoises demeurent vides et la crise du logement s’intensifie. De plus, la construction de ces villes ‘fantômes’ requiert une utilisation importante de ressources, créant également un impact néfaste sur l’environnement.

Vue de Tiandu Cheng, une ville ‘fantôme’ copiant Paris, située aux alentours de Hangzhou.

L’explosion urbaine chinoise est un enjeu majeur pour le gouvernement, et nécessite d’être prise en charge rapidement. Au travers de l’Accord de Paris, la Chine a promis de diminuer sa consommation énergétique et de développer le secteur des énergies renouvelables. Parallèlement, le gouvernement chinois a instauré la Stratégie Révolutionnaire de Consommation et Production d’Énergie, un plan débutant en 2016 jusqu’en 2030, fixant des cibles sur la réduction des taux de pollution pour toutes les villes chinoises. Une baisse de 5,1% de son intensité carbonique, montre une Chine relativement active dans la réduction de sa consommation énergétique, qui pourrait bien atteindre ses objectifs avant 2030.

Mis en place le 21 février 2014, le Plan National d’un Nouveau type d’Urbanisation, un programme gouvernemental élaborant 30 directives pour mieux organiser l’essor des métropoles chinoises, a également été proposé afin de réduire cette crise du logement. Ayant pour objectif d’établir avant 2020 une formule pour gérer le processus d’urbanisation, la construction de la nouvelle mégapole Xiongan est un exemple adéquate permettant d’illustrer les efforts entrepris par la Chine. Afin d’alléger la surpopulation des métropoles environnantes dans la province du Hebei, le gouvernement à l’intention de fabriquer une ville pouvant loger jusqu’à 10 millions d’habitants et possédant des universités, des entreprises, et des institutions publiques. Xiongan est une ville parmi tant d’autres : le gouvernement entend redistribuer également la richesse urbaine des mégapoles en construisant des villes voisines, respectant certaines normes environnementales. Malheureusement, ce programme demeure encore flou, et la construction de Xiongan est encore loin d’être achevée.

 Le gouvernement chinois semble investir une portion importante de son ‘énergie’ au développement de programmes urbains et environnementaux, afin de réduire les dégâts causés par la croissance démesurée de ces métropoles. Même si de nombreux efforts ont été entrepris pour respecter les cibles établies par des conventions internationales et des programmes nationaux, l’évolution de la population urbaine chinoise en une société de consommation risque d’accroître les problèmes de santé, de pollution, et de logement. De plus, la construction de nouvelles mégapoles comme Xiongan va non seulement augmenter la consommation de ressources primaires, mais risque également de reproduire le scénario de Tiandu Cheng : des villes fantômes échouant à redistribuer la population et gaspillant de nombreuses ressources naturelles.

Edited by Laura Millo