Crise migratoire: Venezuela vs Colombie

La crise migratoire entre le Venezuela et la Colombie ne date pas d’hier. En effet, cette crise migratoire qui peut être également caractérisée de crise diplomatique et humanitaire, est née à la suite de la fusillade de trois soldats vénézuéliens à la frontière entre le Venezuela et la Colombie le 19 août 2015. En réponse à cela, les autorités vénézuéliennes avaient proclamé vouloir refréner l’expansion du paramilitarisme colombien et avaient mis en place l’état d’exception dans plusieurs municipalités des États de Táchira, de Zulia, d’Apure, et d’Amazonas, limitrophes de la Colombie. 

La fermeture de la frontière avec la Colombie pour une durée indéterminée en 2015, ainsi que l’expulsion de milliers de Colombiens vivant à proximité de la frontière avaient semé la peur chez des dizaines de milliers de Colombiens vivant au Venezuela. Ces derniers, fuyant initialement le conflit armé entre les FARC et le gouvernement en Colombie, avaient été contraints de retourner dans leur pays d’origine. Aujourd’hui, ces Colombiens rentrent dans le pays avec leur famille, déplacée par la situation économique et politique du Venezuela. Les actions du président Maduro ont alors été dénoncées par des groupes de défense des droits de l’homme, les États-Unis, les Nations Unies, et l’Union Européenne.

Les conflits ont finalement réduit, des mois après la flambée des tensions en août 2015. En juillet 2016, le gouvernement vénézuélien a rouvert la frontière avec la Colombie. Des centaines de milliers de Vénézuéliens ont profité de l’occasion pour récupérer de la nourriture en raison de la pénurie au Venezuela. En août 2016, le gouvernement vénézuélien a officiellement rouvert sa frontière avec la Colombie après presque un an de fermeture et de tensions diplomatiques.

Pénurie au Centre de Madère, au Venezuela, en mars 2014.

On témoigne aujourd’hui d’un retournement de situation des flux migratoires : Alors que les migrants étaient auparavant des Colombiens cherchant à joindre le Venezuela, on assiste à présent à un flux migratoire en provenance du Venezuela vers la Colombie. L’émigration massive vers la Colombie est due à la situation politique, économique, et humanitaire au Venezuela. Il n’existe aujourd’hui aucune institution gouvernementale indépendante chargée de contrôler le pouvoir exécutif dans le pays. Le gouvernement Maduro réprime la dissidence souvent à l’aide de mesures violentes à l’encontre des manifestations de rue, en emprisonnant les opposants, et en poursuivant des civils devant des tribunaux militaires. De graves pénuries de médicaments, de matériels médicaux, et de nourriture empêchent de nombreux Vénézuéliens de nourrir convenablement leur famille et d’accéder aux soins de santé essentiels.

Partageant plus de 2000 km de frontière avec le Venezuela, la Colombie représente aujourd’hui le pays principal d’accueil des migrants vénézuéliens fuyant cette crise. En effet, la crise alimentaire aiguë, la pénurie de médicaments et de vaccins, mais aussi la violence et l’insécurité, mènent chaque jour entre 3000 à 4000 vénézuéliens à s’exiler en Colombie. Près de 2,3 millions de personnes ont quitté le Venezuela depuis 2015. Plus de 1,2 million de vénézuéliens sont aujourd’hui installés en Colombie, selon l’office colombien des migrations, dont quelques 250 000 à Bogota. Jamais la Colombie, ni l’Amérique latine dans son ensemble, n’avaient connu un tel mouvement migratoire.

Personnes traversant la rivière Táchira dans le secteur appelé “La Playita”, à la frontière entre la Colombie et le Venezuela en septembre 2015.

Face à ce déferlement, l’Etat colombien a adopté des politiques d’immigration souples et a accueilli les nouveaux arrivants en offrant des services de santé et des voies d’accès au travail juridique. Depuis le 27 novembre, une simple démarche par Internet permet d’obtenir la carte de mobilité frontalière (TMF). Le permis spécial de permanence dans le pays (PEP), est quant à lui, délivré pour deux ans. 

Malgré les mesures prises, la situation de la plupart des vénézuéliens en Colombie est loin d’être facile. Selon une étude par l’Université du Rosaire à Bogota, la population migrante du Venezuela n’a pas un niveau d’éducation très élevé. En matière d’emploi, la même étude révèle que, alors que 67,32% des immigrants arrivés en Colombie il y a plus de 2 ans et moins de 5 ans ont un emploi, le taux pour ceux qui sont arrivés il y a moins de 2 ans a atteint 57,2%. Cela fait donc augmenter le pourcentage de chômeurs en Colombie, qui atteint les 15,7%. 

 

Réception de témoignages dans l’auberge établie à l’Université Francisco de Paula Santander à Cúcuta, le 11 septembre 2015.

Dans les beaux quartiers du Nord de Bogota, comme la vibrante « Zona T » remplie de bars et restaurants, de nombreux migrants vénézuéliens mendient dans les rues. Certains sont seuls, tandis que d’autres sont accompagnés de jeunes enfants. Rojas, par exemple, demande de l’argent avec son fils âgé d’un an. En échange de dons, il remet des factures de bolivars vénézuéliennes sans valeur qu’il a apportées de chez lui. « Certaines personnes m’ont aidé », dit-il. « Mais d’autres me disent de rentrer chez moi et de trouver un travail ». En dehors du centre Andino, l’un des centres commerciaux les plus luxueux de Bogota, un jeune vénézuélien de 9 ans annonce qu’il offre des câlins en échange de pièces.

Quand il ne mendient pas, les mineurs peuvent être confrontés aux groupes armés illégaux, avec le risque d’être recruté de force ou de travailler dans des champs de coca. Ceci est un défi pour l’aide sociale à l’enfance qui a déjà porté secours à plus de 60 000 enfants et adolescents en 2018. Poussés par la pauvreté, certains vénézuéliens choisissent volontairement de rejoindre des groupes criminels qui opèrent dans différentes villes du pays et qui ne font qu’augmenter l’insécurité. 

Ceci préoccupe les institutions telles que Migracion Colombia, l’agence des douanes colombienne, ou la Defensoria del Pueblo, l’agence gouvernementale nationale en charge de la supervision de la protection des droits civils et humains en Colombie. Carlos Negret, le directeur de l’agence, a demandé aux autorités colombiennes de concevoir des politiques « plus agressives » afin de recevoir les vénézuéliens de façon plus digne et de leur offrir des services de meilleure qualité. Mais sans aucune solution politique immédiate en vue au Venezuela, où le salaire minimum est de 7 Dollars américain par mois, il reste à voir comment la Colombie continuera d’affronter ces flux migratoires considérables.

 

Edited by Laura Millo