Entre Israéliens et Palestiniens, la paix commence par la réconciliation des peuples

Aujourd’hui, un accord politique entre israéliens et palestiniens semble particulièrement lointain. Alors que le volet économique de l’initiative diplomatique tant attendue de Jared Kushner, le haut-conseiller de Donald Trump, a été dévoilé les 25 et 26 juin à Manama, la capitale du Bahreïn, la direction palestinienne a décidé de boycotter la conférence, coupant tout contact avec l’administration Trump qu’elle juge trop biaisée en faveur d’Israël. « C’est un projet Trump-Nétanyahou d’apartheid permanent » a déclaré Mohammed Shtayyeh, le premier ministre de l’Autorité palestinienne. En attendant, Benjamin Nétanyahou continue d’élargir les colonies sur le territoire sous autorité palestinienne. Le premier ministre israélien a inauguré le 17 juin une nouvelle colonie, sur la partie du plateau du Golan annexée et occupée par Israël. Celle-ci a été baptisée « Ramat Trump », « Colline Trump » en hébreu, un geste de gratitude vis-à-vis du président américain qui a reconnu le 25 mars la souveraineté d’Israël sur cette partie du Golan, prise à la Syrie pendant la guerre des Six Jours de 1967, puis annexée en 1981.

Loin de ces désastres diplomatiques dans les hautes sphères politiques, les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes qui militent pour la paix sont déterminées à trouver une solution non-violente au conflit. Trop souvent méconnues des médias, ces organisations communautaires tentent de préparer les Israéliens et les palestiniens à la paix. Elles œuvrent pour la réconciliation entre les deux peuples, en reconnaissant les traumatismes subis par chacun. Cette approche peut paraître naïve ou même futile par rapport à l’ampleur et à la complexité du conflit qui dure depuis plus de 70 ans. Néanmoins, elle est absolument nécessaire à sa résolution. Les accords d’Oslo, qui ont mené à la Déclaration de Principes, signée par l’israélien Ytzhak Rabin et le Palestinien Yasser Arafat avaient permis de poser les premiers jalons d’une résolution du conflit en 1993. Mais ceux-ci avaient échoué, en partie à cause de l’assassinat du Premier ministre israélien par un extrémiste du même camp, opposé à ces accords de paix. C’est pour éviter, entre autres, un tel drame que ces associations, organisent des rencontres autour d’activités variées afin de renouer le dialogue et le contact entre les deux peuples et lutter contre la déshumanisation.

L’atelier photographie de l’ONG Roots pour les femmes palestiniennes et israéliennes à Karama – Photographie personelle

Ali Abu Awwad est un activiste palestinien de la non-violence qui a lui-même fondé plusieurs initiatives visant à la réconciliation entre les civils israéliens et palestiniens. En 2015, il réalise un TEDx à Jérusalem où il raconte son histoire tumultueuse. Né d’une mère faisant parti de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), dans une famille de réfugiés palestiniens, Ali Abu Awwad relate la rancœur qu’il ressentait alors contre les Israéliens et qui l’a poussée à participer à la Première Intifada en 1987. Il fut ensuite arrêté et détenu, avec sa mère, pendant quatre ans dans une prison israélienne. C’est dans ces conditions qu’il a décidé d’utiliser pour la première fois une action non-violente. Après trois ans dans une prison, séparé de sa mère, ils décident tous deux de faire une grève de la faim pour que les autorités israéliennes les autorisent à se revoir. « Pour la première fois dans ma vie, en 1993, j’ai réussi à obtenir quelque chose des israéliens, en agissant de manière non-violente » explique-t-il. Dans cette prison, il apprit aussi l’hébreu, l’anglais et les principes de Gandhi, de Mandela, ou encore de Martin Luther King, le conduisant vers la non-violence.

Après avoir perdu son frère, tué par un soldat israélien lors de la Seconde Intifada, Abu Awwad et sa mère reçoivent une famille israélienne endeuillée, membre de l’association Parents Circle Families Forum (PCFF). C’est la première fois qu’Ali Abu Awwad voit une « larme juive », coulant sur la joue d’une mère endeuillée. Cette réalisation symbolique de l’humanité de l’adversaire pousse alors Ali Abu Awwad à se battre pour une solution non-violente au conflit.

Quelques années plus tard, en janvier 2014, Ali décide de s’installer sur un lopin de terre appartenant à sa famille pour y créer Karama, un centre de non-violence, afin d’éduquer les jeunes Palestiniens sur cette alternative à la brutalité du conflit. Cette initiative sera à l’origine de son mouvement Taghyeer, « Changement » en Arabe, lancé en 2016.

Ali Abu Awwad

Des colons israéliens vivant à Gush Etzion viennent alors à sa rencontre. Pour certains d’entre eux, c’est la première fois qu’ils entrent en contact avec leurs voisins, membres du camp adverse. Ali Abu Awwad témoigne alors: « Quand la violence est mise de côté, le dialogue devient possible. Le dialogue est l’endroit le plus sûr pour s’opposer. » Cette rencontre donne naissance à l’organisation Roots qui, depuis cinq ans a réussi à rassembler plus de 16 000 Palestiniens et Israéliens autour de rencontres entre les familles. Roots réuni régulièrement, dans le centre Karama, quelques dizaines de jeunes des deux camps pour qu’ils puissent faire connaissance et discuter librement.

Ces organisations militant pour la non-violence et la paix sont beaucoup plus nombreuses qu’on ne le pense. On en compte environ une centaine, selon l’organisation Alliance for Middle East Peace (ALLMEP). Leur travail est fondamental dans la résolution de ce conflit ardu car il vise à changer la mentalité des deux parties qui sont souvent régies par la peur de l’autre, engendrant alors la haine et la violence. En offrant des espaces de rencontre pour les deux peuples, ces organisations permettent de détruire l’image déshumanisante de l’ennemi, qui a été cultivée dans l’imaginaire des deux parties depuis le berceau. Pour Ali Abu Awwad, « Il ne peut y avoir d’harmonie jusqu’à ce que nous (Palestiniens et Israéliens) voyions l’humanité de l’adversaire. »

 

Edited by Salomé Moatti

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