La réduction de l’aide humanitaire internationale entraîne une hausse mondiale des cas de VIH 

Le 25 novembre 2025, l’ONUSIDA, ou la branche de l’ONU dédiée à la lutte contre le sida, annonçait une situation de crise : une montée dramatique des cas de sida et de VIH, ainsi qu’une détérioration conséquente des systèmes de lutte contre la maladie. Son origine? L’organisme désigne un gel abrupt des sources de financement pour la santé globale, provenant principalement des nombreuses coupes budgétaires dans l’aide internationale effectuées par l’administration du président américain Donald J. Trump.

Peu après son entrée en fonction, le 20 janvier 2025, Trump a exprimé vouloir remodeler le rôle des États-Unis dans l’entreprise globale de l’aide humanitaire internationale. Étant donné que Washington est le premier bailleur mondial de l’aide à l’étranger, cette annonce a alarmé de nombreux organismes humanitaires, ainsi que les pays destinataires. Elle fut cependant peu après officialisée par le secrétaire d’État Marco Rubio, qui a affirmé dissoudre 83 pour cent des programmes dirigés par l’USAID (ou l’agence des États-Unis pour le développement international). Bien que certaines mesures d’urgence — notamment les programmes d’alimentation — aient été conservées, de nombreux secteurs de la santé mondiale sont désormais gelés, dont le plan officiel de lutte contre le sida, dénommé PEPFAR. Cette démarche représente une régression sans précédent dans la réponse au VIH et au sida; depuis sa création par George W. Bush en 2003, le programme a bénéficié d’un soutien robuste et bipartisan, et a contribué à sauver jusqu’à 25 millions de vies à l’international.

Les coupes budgétaires ont provoqué l’alarme de nombreux organismes de services humanitaires, confrontés à la nécessité de restructurer leurs activités en réponse aux baisses de financement. L’ONUSIDA, notamment, a souligné dans son rapport annuel l’effet marqué des « perturbations » dans le budget alloué à la santé globale, faisant par exemple référence au définancement de 60 pour cent des organismes de lutte contre le VIH dirigés par des femmes. Elle déclare, malgré ces défis, transformer sa réponse, en adoptant la nouvelle « Stratégie Globale contre le sida, 2026-2031 ». Ce projet cherche à faire de l’enjeu une menace globale reconnue et à mobiliser de nombreux acteurs pertinents dans sa lutte, tels que  des gouvernements nationaux et transnationaux, ainsi que des organismes humanitaires et des communautés mondiales.

Les coupes financières dans le domaine de la lutte contre le VIH et le sida, bien que récentes, présentent des conséquences sanitaires démesurées pour le Sud global : autant sur le plan des ressources humaines que sur celui de l’infrastructure.

Le licenciement massif des médecins et infirmières, ainsi que de chercheurs spécialisés dans le sida, représente une catastrophe économique; en outre, il a considérablement limité l’accès aux soins de santé pour les groupes les plus vulnérables. L’Afrique subsaharienne et australe, avec des États tels que la Côte d’Ivoire, la Namibie ou encore l’Angola, affiche un bilan croissant de licenciements.

Les coupes budgétaires ont limité l’accès aux soins de santé essentiels, tels que les tests de dépistage du sida.

Depuis le gel abrupt des services de prévention du VIH et du sida (offrant l’accès aux préservatifs, tout comme le médicament PrEP), les cas d’infection n’ont cessé d’augmenter : l’ONUSIDA estime que jusqu’à 2,5 millions d’individus auraient perdu l’accès à leurs médicaments préventifs, et que 1,3 million de nouvelles infections auraient été rapportées en 2024 seulement. La tendance générale à une baisse des cas, qui avait atteint 40 pour cent de nouvelles infections de moins entre 2010 et 2024, semble notamment régresser.

En raison du définancement, de nombreuses communautés marginalisées sont actuellement à risque accru. Les jeunes femmes et adolescentes, notamment, représentent environ 25 pour cent des nouvelles acquisitions de VIH; très souvent, elles sont également confrontées à un ostracisme social en raison de leur infection et n’ont pas accès aux soins nécessaires. Les coupes budgétaires ont exacerbé cette réalité, augmentant le nombre de cas de sida chez les femmes tout en réduisant les ressources médicales déjà limitées. 

Les travailleuses du sexe, ainsi que les personnes LGBTQ, figurent également parmi les groupes les plus vulnérables aux conséquences de cette crise, en raison du manque de services de santé, de mécanismes de protection et d’aide humanitaire.

Cette crise s’inscrit dans un contexte de régression globale des droits humains. L’année 2025, notamment, a connu une croissance inédite des lois punitives contre les activités homosexuelles depuis 2008 (on note, par exemple, les réglementations hautement restrictives adoptées par l’Ouganda). Dans un tel climat, les conséquences de la crise de santé globale sont amplifiées et les individus touchés se retrouvent sans protection institutionnelle. 

Drapeau de l’Organisation mondiale de la Santé. Photo prise par United States Mission Geneva, sous la licence CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Les coupes budgétaires ont forcé de nombreux acteurs à réévaluer leurs stratégies dans les efforts contre le VIH et le sida. Plusieurs organismes humanitaires ont publié leurs recommandations pour les États touchés : l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a affirmé continuer à soutenir les gouvernements nationaux pendant le processus d’adaptation. Par ailleurs, l’ONUSIDA appelle à « réaffirmer la solidarité globale » : elle mentionne notamment le renforcement des systèmes de taxation nationaux afin de maintenir et de mobiliser les ressources de lutte contre le VIH et le sida au niveau national, et souligne l’importance des assurances de santé universelles. 

Bien que le retrait des États-Unis ait présenté de nombreux défis, il a également été marqué par un afflux de force et de résilience : les États et les communautés touchés à l’international refusent de rester passifs. 

En 2025, de nombreux chefs d’État au sein de lUnion africaine ont affirmé vouloir mobiliser les ressources nécessaires pour éliminer le sida d’ici 2030. Cette déclaration est accompagnée d’un élan général en faveur du financement de la santé domestique dans le Sud global. 

Individuellement, de nombreuses nations ont également choisi d’agir rapidement afin de pallier l’absence de financement due au retrait des États-Unis de l’aide à l’étranger : le Nigéria a approuvé une augmentation de son budget alloué au traitement du VIH, alors que l’Afrique du Sud a augmenté le sien de 33 millions de dollars, et que la Tanzanie a adopté un système de taxes accrues pour mobiliser davantage de capital. 

Le secteur de l’activisme a également considérablement participé à l’effort global contre le sida. La journée internationale contre le sida, le premier décembre, a été accompagnée de nombreuses démonstrations civiles, notamment le blocage du trafic devant la Maison Blanche en signe de protestation contre les mesures budgétaires approuvées par Trump. 

De plus, plusieurs activistes ont saisi cette occasion pour s’exprimer sur la crise actuelle. L’activiste et réalisateur Zackie Achmat, lors d’une table ronde à McGill, a partagé son expérience et ses recommandations dans la lutte globale contre le sida. Lorsqu’interrogé sur les voies envisagées pour le futur, en réponse aux coupes budgétaires, il a souligné la nature essentielle de la solidarité dans le Sud global, notamment en Afrique australe mais également au niveau mondial, affirmant qu’« il est notre devoir en tant que citoyens globaux de partager les biens globaux ». Il a également déclaré que cette solidarité deviendra de plus en plus cruciale à l’avenir. 

Les récentes suspensions de l’aide à l’étranger ont affaibli la crédibilité des États-Unis, ainsi que son rôle de leader mondial dans la santé. Combiné à une érosion récente et significative de l’image et de la réputation des États-Unis, cet événement pourrait mener à une importante reconfiguration des relations internationales, notamment de la balance de pouvoir. Il représente un phénomène plus vaste de backsliding multilatéral : une régression des systèmes et des institutions, qui s’est fortement manifestée au cours des dernières années et s’est caractérisée par une forte priorisation des intérêts nationaux, au détriment de la collaboration économique globale. Ce phénomène contribue à éroder les fondements mêmes de l’ordre international et laisse présager une reconfiguration des systèmes et des dynamiques globales. 

Article édité par Zineb Annasabi

Image de tête : « Rapid HIV test » par UNICEF Ethiopia sous la licence CC BY-NC-ND 2.0.

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