Opinion | José Antonio Kast gagne l’élection chilienne, mais représente-t-il le futur de la droite ?

« Pinochet voterait pour moi s’il était vivant ». Ce sont les paroles prononcées en 2017 par José Antonio Kast, le nouveau président du Chili, qui a remporté les élections de novembre, en gagnant 58 pour cent des voix. En remplaçant Gabriel Boric, l’ancien président de gauche, Kast représente un retour au conservatisme embrassé par Augusto Pinochet, le dictateur ayant régné de 1973 à 1990.

Au premier tour, la présence de la droite était significative. Le libéral d’extrême droite Johannes Kaiser, la conservatrice Evelyn Matthei, et Kast lui-même constituaient le spectre politique de la droite moderne chilienne. Kaiser, Kast et Matthei ont chacun reçu au moins 12 % des voix au premier tour.

Ce résultat survient juste après la victoire de la droite de Rodrigo Paz en Bolivie, les victoires parlementaires de Javier Milei et de son parti libéral en Argentine, ainsi qu’une importante victoire de la droite au Costa Rica.

La droite connaît une forte croissance en Amérique latine, ce qui fait écho aux mouvements de droite à l’échelle mondiale, guidés par le mouvement MAGA aux États-Unis. Ensemble, ils élaborent une stratégie pour la droite et l’extrême droite internationales, en utilisant les réseaux sociaux, les médias et la culture pour diffuser leur vision. Et c’est au Chili que le processus bat son plein.

Le catalyseur de la victoire de Kast est l’impopularité de son prédécesseur Gabriel Boric.

Boric a été élu en 2021 sur la base d’une plateforme de taxes pour les ultra-riches, d’annulation de la dette étudiante et de réforme de la pension de retraite fédérale. Il avait déclaré à l’époque que si « le Chili était le berceau du néolibéralisme, il serait aussi son tombeau ». La rhétorique de Boric était forte, ses promesses ambitieuses, mais son mandat décevant. Il a accompli peu d’objectifs de son programme et, à la fin de son mandat, deux tiers des Chiliens le désapprouvaient en tant que président de la République. L’impopularité de Boric a ouvert la voie à la présidentielle pour la droite en 2025.

La droite avait trois candidats, chacun représentant une faction différente de la droite. Evelyn Matthei et José Antonio Kast incarnaient des groupes de la droite traditionnelle au Chili (certains d’entre eux sont sympathiques à Pinochet). Johannes Kaiser représentait quelque chose de complètement différent : une vision formée par Internet et par les mouvements sociaux des années 2010. 

Johannes Kaiser sur un toit à Santiago. Photo prise par Lore Pía Calvo, sous la licence CC BY-SA 4.0.

Sa chaîne Youtube, lancée en 2013, a grandi de façon exponentielle pendant le mouvement des manifestations de rue entre 2019 et 2020. Le mouvement se caractérisait par son opposition à  la privatisation, à l’inégalité et à la hausse du coût de la vie. Les manifestations ont repris dans les rues chiliennes, et les dirigeants croyaient avoir le soutien du peuple chilien. Cependant, une réaction se développait sur les réseaux sociaux et les forums de droite.

Johannes Kaiser se présentait comme une alternative aux manifestants de gauche et à leur mouvement, en soutien à l’élection de Boric en 2021. Kaiser attaquait la gauche et la politique clémente en matière d’immigration illégale. Il a critiqué l’idée de faire grandir l’État-providence et a défendu les politiques néolibérales des années 1990, qui ont privatisé des secteurs de l’économie.

Mais son style abrasif, et sa présence sur Youtube le distinguaient des autres commentateurs de droite. Il se présentait plutôt comme un Ben Shapiro qu’un José Antonio Kast. De plus, il parlait non seulement des polémiques et problèmes de la droite chilienne ou latino-américaine, mais aussi de la droite américaine et internationale. 

Son discours soulignait la nécessité de mettre fin à l’immigration illégale et de légaliser la possession de fusils. Ce n’était pas qu’on ne parlait jamais de ces sujets-là au Chili, mais ce sont des problèmes plutôt américains qui se sont propagés partout dans le monde de l’extrême droite.

Kaiser est un exemple de figure de l’extrême droite, influencé par la droite MAGA; un phénomène qui prend de l’ampleur dans le monde entier.

Après l’assassinat de Charlie Kirk en septembre 2025, il y a eu des veillées à Paris, bien qu’il n’ait rien à voir avec la ville ni avec la France. Il s’agissait d’une personnalité américaine qui parlait des États-Unis. Son assassinat n’était pas l’un des grands problèmes politiques de la France en ce moment, et les fusils ne sont pas non plus le grand problème chilien (paradoxalement, c’est plutôt la sécurité publique). 

Élections présidentielles au Chili. Photo prise par Jorgebarrios, sous la licence CC BY-SA 4.0.

Le cas du Chili illustre la mondialisation de l’extrême droite — une mondialisation qui vise à propager le mouvement MAGA à travers le monde. Johannes Kaiser est l’étendard MAGA du Chili.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas Kaiser qui a remporté la présidentielle, mais Kast. 

Kast n’a pas de chaîne YouTube ni de ressemblance avec les figures politiques américaines. Il vient d’une famille patricienne, catholique, qui avait neuf enfants. Le frère de Kast faisait partie du gouvernement de Pinochet. Il représente le pinochetisme, la droite catholique et traditionnelle. Kaiser représente la droite moderne, en ligne, jeune, raciste et populiste.

Les batailles idéologiques se déroulent à travers le monde entre les Kasts et les Kaisers, et en ce moment, la droite est dominée par des partis du style de MAGA. Autrement dit, la droite est dominée par des Johannes Kaisers.

Article édité par Zineb Annasabi

Image de tête : “Fotografía oficial del Gabinete de Ministros y Ministras del gobierno del presidente José Antonio Kast” prise par Prensa Presidencia – Gobierno de Chile sous la licence gratuite CC BY 3.0.

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