Programme COVAX : une lueur d’espoir pour la coopération internationale

Plus d’un an après le début de la pandémie de la COVID-19, les stratégies nationales et internationales pour faire face au virus ont connu de nombreux changements et ajustements. Des politiques individualistes et protectionnistes aux politiques permettant la mise en place du programme COVAX visant à la distribution équitable du vaccin à l’échelle mondiale, les stratégies ont été multiples et variées. Revenons en arrière pour comprendre ces changements et les enjeux majeurs qui y sont associés. 

Des débuts difficiles 

Alors que le premier cas est signalé le 17 novembre 2019 dans la ville de Wuhan en Chine, il ne suffit que de six mois pour que le virus se propage dans plus de 196 pays et territoires contaminant de ce fait environ neuf millions de personnes. L’ampleur internationale et la rapidité de la propagation du virus amène l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) à qualifier de pandémie la crise sanitaire en mars 2020. Alors que la Chine place certaines de ses villes sous quarantaine dès janvier 2020, de nombreux pays à travers le globe y compris certains pays européens suivent le pas à partir de mars. 

La situation inédite de la crise sanitaire a désemparé de nombreux pays qui ont réagi pour la plupart tardivement et ne sont parvenus à freiner la propagation que de peu. C’est le cas notamment aux États-Unis : de loin le pays le plus lourdement touché par la pandémie et qui, pour ralentir la propagation du virus, a dû faire face à de nombreuses complications inhérentes à son système de gouvernance. Les dissonances régionales entres États et villes concernant la politique à appliquer ont notamment empêché la formulation d’une stratégie nationale. De plus, la politisation des mesures sanitaires a scindé une fois de plus  les États-Unis en deux  avec d’un côté des politiques démocrates favorisant des mesures sanitaires strictes pour ralentir la propagation, et de l’autre un scepticisme profond vis-à-vis de la science avec notamment le rejet du port du masque devenu emblématique marqué par des mesures souples voire inexistantes chez les républicains. 

Masques chirurgicaux (Avril 2020). Photo de Nurse Together, sous licence CC BY-SA 4.0.

Bien que la gestion du début de la pandémie par les États-Unis témoigne des difficultés initiales d’organisation, de nombreux autres pays se sont retrouvés dans des situations similaires. De par leur réaction tardive, le Royaume-Uni et la France ont vite été dépassés par le nombre de cas et d’hospitalisations et se sont vus dans l’obligation de mettre en place un confinement strict. Idem en Italie où le confinement tardif, la rareté des tests de dépistage et l’absence de services de prévention sur la maladie ont entraîné la mort de plus de 70 000 personnes entre mars et décembre 2020. Ainsi, qualifiée de réelle « crise organisationnelle » par des spécialistes, ces dysfonctionnements dans la gestion de la crise ont provoqué une longue période de quarantaine stricte aux quatre coins du monde. 

La course au vaccin 

La vaccin étant perçu comme l’unique échappatoire à la crise sanitaire, économique et sociale causée par la COVID-19, son développement par l’entreprise Pfizer et son partenaire BioNTech en novembre 2020 a amplifié les politiques individualistes avancées par la majorité des pays du Nord. Cette découverte a en effet poussé de nombreux pays occidentaux à investir de façon massive dans les pré-commandes afin d’obtenir la quantité de doses nécessaires pour l’ensemble de leur population, favorisant de facto une nouvelle compétition internationale. Ce comportement rappelle fortement les débâcles individualistes qui avaient poussé certains pays à se ruer sur le matériel sanitaire (masques, gants, etc.) au début de la pandémie. 

Vaccin AstraZeneca, photo de USAID en Afrique (Mars 2021), photo issue du domaine public.

Du fait de leur avantage économique important, les pays riches se sont placés en tête dans la course au vaccin, causant ainsi d’immenses disparités entre eux et les pays en développement qui ne parviennent à mettre la main que sur une infime proportion de doses. Le 20 février 2021, plus de 200 millions de doses avaient été administrées dans le monde, dont 45% dans les pays du G7 qui n’hébergent pourtant que 10% de la population mondiale.  

En plus d’accroître les inégalités déjà existantes et importantes entre les pays du Nord et ceux du Sud, ces politiques compétitrices peuvent avoir des conséquences néfastes pour tous, et ce sur le long terme. Les modèles d’études actuels montrent que le monopole des pays riches sur les commandes pourrait retarder  le « retour à la normale » jusqu’à 2024. Il ne suffit pas d’avoir un vaccin contre un virus pour l’éradiquer, il faut également s’assurer que toutes et tous y aient accès. Selon l’OMS, pour stopper la propagation du virus, entre 65% et 70% de la population mondiale devra y être immunisée. 

Un tournant dans la stratégie internationale : COVAX 

Face à l’universalité de la crise sanitaire et à la prise de conscience des pays occidentaux vis-à-vis des limites de leurs politiques individualistes, une réponse collective s’impose. Une fois les difficultés initiales posées par la pandémie de la COVID-19 surmontées ou du moins contrôlées, les pays occidentaux se sont graduellement tournés vers une plus grande coopération, et ce notamment par le biais du programme COVAX

Mis en place en avril 2020 par l’OMS, l’Alliance du Vaccin Gavi et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), le programme COVAX facilite la recherche, le développement, la fabrication et la distribution de vaccins contre la COVID-19 de manière globale et équitable.  Le but principal du programme est ainsi de fournir en priorité le vaccin aux pays qui n’ont pas les moyens de le commander. C’est par la coopération des gouvernements, des communautés scientifiques, des organismes internationaux de la santé, des secteurs privés et des fabricants pharmaceutiques que le développement de ce programme de distribution est possible. Le programme rassemble déjà plus de deux tiers des pays du monde. 

Logo de l’Organisation Mondiale de la Santé. Photo de United States Mission Geneva, sous licence CC BY-ND 2.0.

C’est d’ailleurs par le biais du programme COVAX que le Ghana a pu recevoir, le 24 février dernier, 600 000 doses du vaccin du groupe pharmaceutique suédo-britannique AstraZeneca. Bien que les quantités de doses distribuées soient encore grandement limitées — ne suffisant qu’à vacciner 1% de la population — l’initiative marque le début d’une période importante dans la stratégie d’immunité globale. D’autres pays comme la Côte d’Ivoire attendent de recevoir des quantités de doses similaires dans les semaines à venir. En dépit des bienfaits évidents d’une telle initiative, il faudra toutefois veiller à ce que la distribution de ressources rares par des acteurs internationaux n’aboutisse pas à une amplification de la corruption politique ou à l’engendrement de conflits ethniques, comme ce fut parfois le cas. Quoiqu’il en soit, le programme ayant pour objectif la distribution de plus de 2,3 milliards de doses avant la fin de l’année, l’ampleur de cette coopération marque un tournant historique dans la stratégie internationale de lutte contre la pandémie.   

Livraison du vaccin COVAX. Photo de la Présidence de la République du Bénin, sous licence CC BY-NC-ND 2.0.

Intérêts stratégiques pour parvenir à l’immunité globale ou décision purement altruiste, les motivations internationales sous-tendant cette coopération restent encore difficiles à décrypter. Quoi qu’il en soit, le programme COVAX démontre que la coopération internationale est bien possible, même lorsqu’ il s’agit de la distribution de ressources rares et convoitées. Les grandes crises historiques étant souvent à l’origine de remises en questions majeures et de transformations politiques importantes, espérons que la communauté internationale saura tirer une leçon quant à sa capacité de coopération face aux enjeux planétaires contemporains. La prochaine étape sera peut-être la mise en place de mesures concrètes dans le combat collectif que constitue la crise environnementale. 

 

Photo de couverture: vaccin contre la COVID (2020), photo de US Secretary of Defense, sous licence CC BY 2.0

Édité par Apolline Bousquet